III - ELEMENTS DE LITHOLOGIE ET DE BIOSTRATIGRAPHIE DU BATHONIEN MACONNAIS.
 
 

La première description lithologique du Bathonien est due à O.d'HALLOY (1843), mais la définition biostratigraphique de cet étage est l’œuvre d'A.d'ORBIGNY (1850 et 1852) (10).

Les premières mentions de dépôts bathoniens en Mâconnais apparaissent dès la deuxième moitié du siècle dernier (1861-1869-1881) (14), mais c'est à M.LISSAJOUS que l'on doit leur synthèse biostratigraphique pertinente (13-14).

Depuis ces travaux de référence, quelques publications ont affiné l'analyse du Bathonien mâconnais à la lumière des derniers progrès en matière de biostatigraphie du Jurassique (18-10).

Au Bathonien, le Mâconnais appartient à la province subméditerranéenne du domaine téthysien, province dont la limite septentrionale bathonienne, sur le territoire français, est donnée par une ligne Normandie-Bourgogne-Jura du nord.

La division zonale et sous zonale de cet étage a récemment été révisée par le Groupe Français d'Etude du Jurassique (1). Je figure cette division zonale pour la province subméditerranéenne :
 
DOMAINE TETHYSIEN

Province subméditerranéenne 

SOUS ETAGES
ZONES
SOUS ZONES
BATHONIEN
SUPERIEUR
DISCUS
Discus
Hollandi
(Angulaticostatum)
RETROCOSTATUS
Hannoveranus
(Histricoïdes)
Blanazense
(Julii)
BATHONIEN
MOYEN
BREMERI
Fortecostatus
Bullatimorphus
MORRISI
SUBCONTRACTUS
PROGRACILIS
Progracilis
Orbignyi
BATHONIEN
INFERIEUR
AURIGERUS
Tenuiplicatus
Recinctus
ZIGZAG
Macrescens
Parvum

 

Dans le Mâconnais, deux niveaux repères donnent les limites d'extension de cet étage du Jurassique moyen et servent de marqueurs assez aisément identifiables sur le terrain :

- Pour la base, ce sont les calcaires oolithiques et spathiques d'aspect souvent rougeâtre-ferrugineux, d’âge Bajocien supérieur, facilement identifiés par la présence d'ammonites du genre Parkinsonia (le plus souvent du groupe acris) et par certains faciès contenant une multitude de brachiopodes (surtout (?) Ferrythyris ferryi).
- Pour le sommet, les calcaires compacts, cristallins, d'aspect parfois gréseux, roux, de la "dalle nacrée", d’âge Bathonien terminal (et base du callovien inférieur ?).
Entre ces deux niveaux, et au sud d'une ligne Azé-Laizé, les dépôts bathoniens comportent la succession des trois unités lithologiques suivantes :

1 - Un ensemble de marno-calcaires blancs jaunâtres, parfois grisâtre en cassure "fraîche", avec couches marneuses intercalées, d'épaisseur variable (25 à 40 mètres, selon les lieux...et les auteurs 13 14 18 ).Il s'agit de l'ancienne "zone à arbustigerus" de M.LISSAJOUS. Comme le pensait ce dernier (13), cet ensemble regroupe plusieurs zones biostratigraphiques du Bathonien :

 
Au sud (Pouilly-Davayé), les calcaires ont un aspect beaucoup plus cristallin, plus ou moins ferrugineux, à fossiles plus rares et moins bien conservés.

Entre La Roche Vineuse et Azé, les ammonites sont fréquentes et souvent de bonne qualité ; au sud de Verzé, on reconnaît plusieurs faciès (bancs?) sans qu'il soit possible de les organiser les uns par rapport aux autres :

- des calcaires peu compacts, avec agglomération de nombreuses coquilles d'ammonites, en particulier des Siemiradzkia du groupe pseudorjazanensis.

- des calcaires compacts à lumachelle de couleur noire, caractéristique de ces niveaux, avec nombreuses coquilles de céphalopodes souvent brisées.

- des calcaires compacts à grains fins, aux ammonites bien conservées, avec leur péristome (en particulier grands Bullatimorphites non déformés du groupe costatus-bullatimorphus).

- un niveau sans doute de position élevée, à calcaires d'aspect plus cristallin, avec fossiles à contours ferrugineux, surtout des Procerites du groupe subcongener.

- des marno-calcaires plus feuilletés, à fossiles plus souvent déformés, avec Wagnericeras involutes du groupe fortecostatum et Bullatimorphites "post" bullatimorphus ("sandovali"), surtout observés entre Verzé et Igé.

Au nord d'Azé, les marno-calcaires sont progressivement remplacés par des "calcaires oolithiques blancs en plaquettes à stratifications entrecroisées, avec des débris de lamellibranches et brachiopodes". Les ammonites sont de plus en plus rares, puis manquent totalement.

Bien représentée au sud (Pouilly-Davayé) où elle semble d’épaisseur maximale, elle est encore observable au centre (La Roche Vineuse-Verzé) par la présence de blocs épars, jamais retrouvés "en place " faute d’affleurement. Les ammonites du genre Morrisiceras (macro et microconques), indice de zone, abondent avec surtout des nuclei agglutinés les uns sur les autres. Dans tous les lieux où il est observé, le niveau semble quasi en contact avec le niveau repère du Bajocien supérieur ; au sud, en trois stations distinctes (coupe du mont de Pouilly, défonçage "propres" au pied des Roches de Solutré et de Vergisson), l’intervalle azoïque entre les marnes oolithiques du Bajocien supérieur et les bancs à Morrisiceras ne semble guère excéder 1 mètre d’épaisseur.

Au sud, l’aspect cristallin et compact des calcaires à Morrisiceras est comparable à celui des calcaires sus-jacents de la zone à Bremeri ; entre la Roche Vineuse et Verzé, les calcaires à Morrisiceras ont par contre un caractère distinct, d’aspect parfois gréseux, à fossiles rougeâtres ferrugineux.

Je n’ai encore jamais récolté de Morrisiceras au nord de Verzé ; entre Verzé et Igé, je n’ai pu observer de niveau fossilifère identifiable entre les calcaires spathiques du Bajocien supérieur et les marno-calcaires de la zone à Bremeri.
 
 

Pour l’instant jamais authentifiée au sud d’Igé, elle m’a d’abord été signalée un peu au nord de cette localité par P.COURVILLE, visible en place sur une coupe partielle. J’ai pu également l’observer en deux affleurements distincts entre Azé et Bissy la Mâconnaise : il s’agit de quelques bancs décimétriques de calcaires durs, cristallins, à fossiles " phosphatés " ; Les nuclei érymnoceratoïdes caractéristiques du genre Tulites constituent l’essentiel de la faune d’ammonites. La figuration du " Sphaeroceras " subcosmopolita de M.LISSAJOUS (14) appartient vraisemblablement à ce niveau.

Comme pour la zone à Morrisi, les calcaires à Tulites semblent quasiment en contact avec les calcaires du Bajocien supérieur.
 
 

Ci dessous, un tableau résume les observations faites sur le Bathonien moyen mâconnais (région de Pouilly-Davayé et " bande verzéenne " ) :
 
 
 
De Pouilly à Davayé
De La RocheVineuse à Verzé
De Verzé à Igé
Igé-Azé
Bissy la Mâconnaise
CHOIN
       
z. à Bremeri        
z. à Morrisi      
?
z. à Subcontractus        
z. à Progracilis
?
?
   
Bajocien supérieur ; calcaires oolithiques et spathiques.
  Présence attestée, en particulier par l’espèce indice de zone. 
?
Présence possible, à confirmer. 
  Présence non observée. 

 
 

2 - LE CHOIN, au-dessus des marno-calcaires du Bathonien moyen, est un ensemble de calcaires un peu cristallins, durs, à "traînées ferrugineuses" plus tendres, à "surface terminale rugueuse avec nombreuses vacuoles".

Ce niveau azoïque, excellent repère de terrain, est d’épaisseur variable, 5 à 10 mètres dans la région sud (Pouilly-Davayé), de beaucoup plus faible épaisseur entre la Roche Vineuse et Verzé où il est encore observable. Je ne l’ai pas reconnu au nord de Verzé.

3 - Les marno-calcaires du Bathonien supérieur.

Au sud, à Pouilly-Davayé, au pied des Roches de Solutré et de Vergisson, le choin est surmonté par un niveau marneux de faible épaisseur, très riche en brachiopodes, bivalves et échinides, avec d’assez nombreuses ammonites datant les dépôts du deuxième quart du Bathonien supérieur ; ce niveau est l’équivalent du niveau supérieur du choin du Jura méridional. Il est suivi par un ensemble puissant de marno-calcaires à pholadomyes (30 à 40 mètres), souvent pauvre en ammonites.

Plus au nord, ce "niveau supérieur du choin" est plus difficilement identifiable avant les marnes à pholadomyes ; entre Verzé et Igé, il semble que les dépôts marno-calcaires du Bathonien moyen et supérieur se succèdent de manière continue en l’absence de choin identifiable. C’est ici que j’ai observé un niveau à calcaire fin, à ammonites bien conservées, d’aspect comparable à certains niveaux du Bathonien moyen. Les Bullatimorphites qui y sont récoltés, du groupe hannoveranus, attestent l’âge Bathonien supérieur de ce niveau.